Le lac


    Qu'il est triste mon lac l'hiver ! Eau grise et sombre...

    Les arbres dénudés sont assaillis par les rafales d'un vent humide, froid. Plus de fleurs,
plus d'oiseaux. Le vol majestueux du Héron cendré s'en est allé. Tes eaux miroitantes se
sont éteintes: reflet terne d'un ciel bas.
Les petites voiles blanches qui sillonnaient l'étendue son rentrées au port pour de longs
mois encore.
    Où sont passées tes couleurs magiques ? Couleurs du printemps et de l'été dernier
lorsqu'avec Aude, Sébastien et Jules nous venions t'épier, jouer, nous enivrer d'odeurs,
d'images et d'eau tiède. Tu étais notre mer, nous étions tes pirates. Sur l'ile de Scorpio,
notre bastion, nous inventions tous nos jeux. Aventuriers d'un jour.














De Scorpio, nous traversions vers la plage des Baleines.


Après avoir longé les iris jaunes, nous nous dirigions vers les salicaires.














Le passage du cap était parfois houleux avant de
retrouver les eaux calmes de la hanse des Fayards où nous observions sans bruit les cannes
et les petits qui suivaient leur mère dans un chahut ordonné !

    Sur l'autre rive, un chapelet d'iles et d'ilots rocheux nourrissait notre imagination d'enfants
fougueux et rêveurs. Car derrière s'étendait le marais, le marais du Diable, repaire de
centaines d'oiseaux. Là, vase et branches enchevêtrées, eau sale et stagnante, bois flottant
dans un univers étrange, nous inventions encore des combats imaginaires ou des fuites
éperdues cachés dans les méandres obscurs.

    Qu'il est triste mon lac aujourd'hui...

    J'ai pris la barque de Papy, cette barque pleine des souvenirs de nos jeux passés.
Parti de la plage déserte de décembre, j'ai voulu faire le grand tour. Les mains glacées sur
le bois poli des rames, je me suis éloigné, le regard lourd, frissonnant à chaque risée.
J'essaie d'imaginer la douceur de l'été mais c'est inutile, la vie s'en est allée: les campanules
sont desséchés et des feuilles noires et sales trainent avec nonchalance à la surface sombre
où les reflets bleus et blancs des longs jours ont disparu.

    Soudain, une musique douce et légère parvient à mes oreilles. Un pipeau au son
chaud que je connais bien. Aude m'attend, elle m'appelle. Demain c'est Noël. La couleur et
les odeurs du lac se transforment en un instant dans les lumières de la fête. J'ai oublié la
mélancolie des dernières heures. Aude m'attend... Elle m'observe du haut du rocher de la
Dame.
    Je laisse la barque, mouillée dans l'eau tranquille derrière le hêtre couché.
Je rejoins mon amie, lumière de ce jour, dont la présence égaye le morne paysage.
Ensemble nous partons, joyeux, émerveillés, impatients de la fête, oubliant la mélancolie
des heures passées. Les promesses envahissent toutes nos pensées.

    Il n'est plus triste mon lac l'hiver, il a pris des couleurs,... des couleurs de fête, des couleurs
d'espérance.


texte original de Callune, tous droits réservés 2007
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